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Interview du Docteur Jérôme Laurès, médecin thermal de La Léchère

La Léchère (25 kilomètres d’Alberville et 21 km de Courchevel) est un centre thermal en Savoie spécialisé dans 3 orientations : rhumatologie, phlébologie, gynécologie et une cure pour le traitement du lymphœdème. Il est sur la commune d’Aigueblanche. Rencontre avec le Docteur Jérôme Laurès, médecin thermal de La Léchère.

Docteur Laurès à La Léchère

Docteur Laurès, vous êtes le médecin thermal du centre de La Léchère, pouvez-vous nous expliquer votre métier ?

J’exerce le thermalisme à La Léchère depuis 25 ans. Outre la médecine générale, je suis diplômé de thermalisme, membre de la Société Française de médecine thermale, mais aussi diplômé de gérontologie et surtout d’angiologie (ou « médecine vasculaire » selon la nouvelle terminologie). Je rappelle que La Léchère présente la phlébologie en première orientation et que nous disposons d’un Centre de Recherche Universitaire. Notre autre orientation, la rhumatologie, reste une tradition forte et il faut noter que la complémentarité de ces 2 orientations permet une démarche approchant la rééducation fonctionnelle.

Exerçant au préalable dans les domaines de la gériatrie et de l’angiologie, je me consacre maintenant exclusivement à mon activité de médecin thermal. La loi veut que, dans les stations thermales, il n’y ait pas de lien entre les prescripteurs de soins et les vendeurs de soins. Ainsi, le médecin thermal est un médecin en libéral situé à proximité du centre. Il est donc indépendant du centre thermal.

La pénurie de médecins en France a été à l’origine d’un amendement voté à 100 % par les députés et le Sénat. Cet amendement stipule que les établissements thermaux ont désormais le droit de salarier leurs médecins thermaux.

Par ailleurs, un Diplôme d’État national de médecine thermale existe mais n’est pas obligatoire pour exercer en tant que médecin thermal. Seulement la moitié des médecins thermaux doivent posséder ce Diplôme d’État.

Cela fait 25 ans que vous exercez à La Léchère dans le thermalisme. Est-ce que le thermalisme a évolué ? Est-ce que le service médical rendu est meilleur ?

Le thermalisme a relativement peu évolué en soi, la base restant l’eau de source. Par contre, le service médical rendu a, lui, un peu évolué. Mais surtout, on détient maintenant la preuve de l’efficacité du thermalisme. Tous les cinq ans, l’assurance maladie renouvelle la convention signée avec les établissements thermaux.

Il y a plus de 15 ans, l’assurance maladie a conditionné le renouvellement de cette convention aux recherches prouvant l’efficacité du thermalisme. L’Association pour la REcherche THermale (AFRET) a été créée en 2007 à l'initiative des stations thermales pour répondre à cette demande. Elle promeut donc des études cliniques afin de prouver scientifiquement les bienfaits des cures thermales. Composée d’un comité scientifique, elle lance des appels à projets, les valide et les finances. Ces travaux donnent lieu à des publications, parfois de professeurs agrégés, donc d’un excellent niveau. Sur chaque cure thermale, 1.5 € sont prélevés pour financer la recherche en thermalisme. L’évolution du thermalisme est donc liée à l’apport de la preuve du service médical rendu.

Parlez-nous du centre de La Léchère. Il est le centre thermal phare pour la Phlébologie. Que pensez-vous de son slogan « La Léchère rajeunit la femme », est ce médicalement justifié ?

Disposant d’une troisième orientation en gynécologie, ce slogan a été hérité de la fin du 19ème siècle. Il correspond donc davantage à un héritage historique un peu dépassé puisque les bénéfices d’une cure thermale sur l’état général concernent aussi bien des hommes que les femmes. La cure thermale a un effet stimulant au plan physique et intellectuel, notamment sur les personnes âgées. Le simple fait de devoir quitter son domicile pour se déplacer a une action positive sur ces dernières. Les clichés de famille, qui jugent souvent leurs aînés trop vieux pour certaines choses, sont levés à l’occasion d’une cure thermale réalisée par un parent en toute autonomie. Elle favorise le bien-être et joue un rôle important au niveau de la stimulation des fonctions cognitives.

Même si les bienfaits du thermalisme agissent globalement sur la personne, l’assurance maladie a scindé les orientations selon le 12 spécialisations.

Par ailleurs, le thermalisme de la bourgeoisie aisée a mué vers un thermalisme social accessible à tous grâce à la prise en charge par l’assurance maladie.

Comme la plupart des centres thermaux français, La Léchère a une orientation rhumatologie. Est-ce que La Léchère a des avantages sur cette orientation par rapport aux autres centres thermaux ?

C’est difficile à dire car on ne dispose pas d’études comparatives. Toutefois, le centre de la Léchère est mieux adapté pour la polypathologie.

Dans la mesure où la Léchère dispose d’une seconde orientation en insuffisance veineuse, des adaptations beaucoup plus fines aux problématiques des personnes sont possibles. Une personne souffrant de varices ou de phlébite bénéficiera d’une prise en charge mieux adaptée grâce à notre culture médicale et d’entreprise. Ainsi, des soins en rhumatologie pourront être administrés à certains patients à la Léchère alors qu’ils auraient été contre-indiqués dans d’autres stations.   

L’atout de la Léchère, c’est son contexte. En effet, les curistes profitent là-bas d’une adaptation et d’une personnalisation des soins. Par exemple, le médecin thermal peut notifier la température de bain désirée pour chaque patient au moment de la prescription. On profite donc davantage d’une pratique artisanale à la différence de l’industrialisation et de la standardisation que l’on retrouve dans d’autres centres thermaux.

L’application de la boue peut également se faire zone par zone et non d’une seule traite sur l’ensemble du corps.

Cette prise en charge personnalisée est dû au fait que La Léchère appartient à une collectivité territoriale dont la logique est de procurer de l’emploi avant de procurer des bénéfices.

70% des curistes viennent en cure pour de la rhumatologie. Comment choisir son centre thermal ?

La plupart des stations proposent une double orientation. Le premier critère de choix, d’un point de vue médical, peut être de prendre une seconde orientation.

Ensuite, les curistes choisissent leur centre thermal en fonction des dates auxquelles ils souhaitent effectuer la cure.

Par ailleurs, un référentiel qualité (la démarche HACCP) est appliqué aux établissements thermaux.

Le centre de la Léchère dispose de la certification Aquacert. Très peu de centres français sont certifiés. En effet, une quarantaine de centres doivent l’être sur la centaine de centres qui existent en France. 

Le dernier critère permettant de faire son choix quant au centre thermal retenu correspond à l’environnement touristique de ce dernier. Certains curistes préfèreront se rendre à proximité de la mer tandis que d’autres s’orienteront davantage vers des lacs ou la montagne. Situé entre le Beaufortin et la Vanoise, le centre de la Léchère Permet d’avoir accès à de nombreuses randonnées.

Vous voyez les curistes 3 fois pendant la cure thermale (début, milieu et fin). Vous êtes extérieur au centre-thermal (dans le sens pas un employé), quel est le retour des clients ?

Les clients se confient beaucoup au médecin thermal, à la fois au niveau de la dimension de leur propre pathologie mais également en ce qui concerne leur vécu de la cure. Concernant ce deuxième aspect, l’usager analyse d’une part la qualité de la prestation fournie. Le centre de la Léchère obtient un taux de satisfaction remarquable quant à ses prestations. Environ 90% des clients sont satisfaits ou très satisfaits. La qualité des soins y est reconnue. D’autre part, ils abordent leur vécu au sens du lâcher prise, c’est-à-dire de la rupture qui s’opère par rapport à leur quotidien.

Les établissements thermaux transmettent également des questionnaires aux curistes. Un système de borne situé à l’accueil permet également aux patients de faire part de leur satisfaction.

D’un point de vue médical, voyez-vous une évolution sur les curistes après 3 semaines de cure ?

Oui. La satisfaction concerne tout d’abord la réduction des médicaments. En effet, les curistes diminuent leur consommation d’un tiers ou de moitié suite à une cure.

A La Léchère un programme d’éducation thérapeutique, issu de la loi Bachelot, est codifié et agréé par l’agence régionale de la santé (ARS) qui l'évalue.

À la Léchère, grâce à la présence du centre de recherche universitaire et d'un professeur universitaire agrégé, deux programmes sont validés et agréés. C’est le cas de l’insuffisance veineuchronique et de l’œdème lymphatique, le centre de la Léchère étant le seul à l’être dans cette spécialité. Ceci est un atout car très peu de programmes sont agréés par l'ARS en milieu thermal.

De nombreux « futurs curistes » nous disent que leur médecin généraliste est contre les cures thermales. Que pensez-vous de cette position ? Que pouvez-vous leur conseiller ?

Il y a un réel problème d’information à ce niveau. Dans l’absolu, qu’un médecin soit pour ou contre la réalisation d’une cure thermale ne semble pas avoir de sens. En effet, il est important que les médecins s’attachent davantage à ce qu’on appelle la médecine basée sur les preuves. Les publications et les référentiels permettent d’évaluer les bénéfices et de se faire une opinion objective sur ce type de soins. C’est selon la situation de chaque patient qu’un médecin doit être en mesure de dire si tel ou tel type de technique peut lui apporter des bénéfices ou non.

Le manque d’information a des répercussions parfois négatives pour les gens. En effet, il nous arrive de recevoir des personnes pour qui la cure est contre-indiquée.

Par ailleurs, les médecins refusent parfois de prescrire une cure alors que cela aurait été une très bonne orientation.

Enfin, certains patients se font prescrire une cure uniquement pour le tourisme.

À l’origine de ces lacunes, il y a le fait que le thermalisme ait été retiré de l’enseignement initial de la faculté de médecine.

Les médecins ne doivent pas hésiter à consulter les travaux parus au centre de recherche universitaire de la Léchère afin de constater le bien-fondé de ces séjours. Sur simple demande, ces documents peuvent être fournis aux patients ainsi qu’aux médecins.

En général, certains médecins ont du mal à conseiller les patients sur le centre thermal à choisir. Que conseillez-vous aux patients pour trouver le centre le mieux adapté ?

Les médecins peuvent tout d’abord consulter le Vidal afin d’obtenir toutes les orientations et les conseils relatifs aux cures thermales.

Par ailleurs, pour toute question que se poserait le praticien, il convient de contacter la station thermale et de demander à échanger avec le médecin thermal. Au centre de la Léchère, les échanges peuvent se faire par mail ou par téléphone.

Ce type de démarche est déjà ancré dans les pratiques. En effet, le médecin contactera facilement un confrère rhumatologue ou cardiologue, mais n’aura pas forcément le réflexe de joindre un centre thermal.

La Léchère possède un centre de recherche universitaire. Pouvez-vous nous en dire plus ? Est-ce que ce centre de recherche a un impact sur le centre thermal ?

Oui, absolument. Le centre de recherche universitaire est dirigé par un agrégé du CHU. Les publications sont donc de haut niveau et diffusées au plan international. 

Avant d’être médecin thermal, vous exerciez en cabinet. Vous prescriviez donc des cures thermales à vos patients et, en tant que médecin thermal, vous devez connaître toutes les stations thermales françaises. Pouvez-vous nous donner votre liste préférée par rapport aux différentes orientations ?

Pour la médecine vasculaire, le centre de la Léchère est reconnu. C’est également le cas en rhumatologie, tout comme les centres d’Aix-les-Bains, de Dax et de Vittel (double orientation « rhumatologie » et « troubles métaboliques » intéressante).

Pour la dermatologie, la Roche-Posay est la référence. Pour les brûlés, il s’agit de Saint-Gervais.

Au niveau neuropsychologique, le centre de Saujon est en tête de liste car il a prouvé l’aide apportée aux patients dans le cadre du sevrage médicamenteux et de l’amélioration des traitements par le biais d’une cure thermale.

Quels sont les projets du centre de la Léchère pour les années à venir ?

Grâce à la présence du centre de recherche universitaire, on est en mesure d’élaborer et de tester des soins relatifs à la microcirculation. Il s’agit des petits vaisseaux capillaires qui sont plus fins qu’un cheveu ou qu’un globule rouge. Ils interviennent dans les maladies circulatoires et rhumatismales.

Par ailleurs, une étude sera réalisée cette année sur les œdèmes lymphatiques.

 

Les slogans de La Léchère :

  • La Léchère, les Bains la pureté des Alpes ;
  • Depuis 120 ans, La Léchère rajeunit la femme ;
  • Retrouvez la souplesse des jambes de 20 ans.

 

Plus d'infos:

Pour demander de la documentation au centre thermal : cliquez ici

Téléphone du centre thermal de La Léchère : 04-79-22-60-30

Site internet de La Léchère : cliquez ici


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